Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Châtillon-en-Michaille :
La caserne de douaniers de Pierre-Blanche

 

Châtillon-en-Michaille, compta longtemps un grand nombre de douaniers (en moyenne 19 chaque année, entre 1841 et 1921, d'après les recensements de population). Presque tous ces préposés ou gradés étaient logés individuellement chez l'habitant, qui y trouvait là un complément de ressource. Deux cas particuliers concernent cependant des "casernes", celle de la Plaine, attestée par les recensements entre 1841 et 1906, et celle de la Tieille attestée de même entre 1891 et 1906.

La maison de l'ancienne caserne de douaniers de Pierre-Blanche (La Plaine) est encore en place, actuellement à gauche à la sortie de Bellegarde en direction de Nantua, en bordure de la route D 1084 (encore dénommée Aimé Bonneville, en prolongement de la rue principale du village de Châtillon). Mais avant que cette route à la pente régulée ne soit construite, la maison était isolée, à quelque distance de la vieille route rectiligne de la Plaine.

Jadis cette maison était la seule se trouvant au lieu-dit Pierre-Blanche de La Plaine. Cette appellation s'étend désormais à toute la zone dévolue à diverses entreprises et commerces, au bout du territoire de Châtillon vers Bellegarde. Une petite carrière située sur le côté de la maison a d'ailleurs fourni la pierre de taille destinée à la construction des murets attenants à la maison côté rue, et probablement à de belles pierres de la maison elle-même aussi.

La maison fut occupée par des douaniers comme à Coupy, au moins de 1841 à 1906. Des préposés et souvent un brigadier ou sous-brigadier y sont en effet recensés, le plus souvent au nombre de 7 à 9, dans la même maison. Parfois ils sont même logés avec femme et enfants, ou leur mère. Il n'est pas rare non plus d'y trouver un cultivateur et sa famille. Le nombre de ces individus peut alors atteindre 18 personnes (1851), tous dits demeurant en la même maison (ce qui ne semble toutefois guère possible). L'origine géographique n'est pas précisée, mais quand on arrive à la déterminer ils sont très majoritairement natifs de l'Ain ou du Jura. Ils ne sont le plus souvent présents qu'une seule fois aux divers recensements (tous les 5 ans).

Les plans napoléoniens et état des section (vers 1832) montraient à cet emplacement, non une mais deux maisons contiguës (A 609 et 610, de superficies respectives de 490 et 270 m²), et appartenant à Joseph Chevalier et Joseph Berthet, tous deux de Châtillon, la plus petite au nord est longée par le chemin de Fay. La petite (A610) fut acquise par la veuve de Joseph Levrier en 1869, tandis que la grande passa à la veuve de François Gattin, marchand de vin, en 1857.

Un incendie se déclara en en 1888. Les commentaires du journaliste confirment qu'alors il existait deux bâtiments, encore couverts en chaume (!) et que cette "caserne" n'était aussi qu'un habitat appartenant à des propriétaires privés (et non à l'état), hébergeant aussi des douaniers, avec la seule différence qu'ils étaient là assez nombreux, de l'ordre d'une dizaine. "Le 9 janvier courant, vers 6 heures du soir, un incendie s'est déclaré à Châtillon-de-Michaille, au lieudit La Plaine. Deux maisons d'habitation contiguës, appartenant au nommées veuve Gattin et veuve Levier [Bouvier], cultivatrices, ont été la proie des flammes. Ces deux maisons étaient occupées par leurs propriétaires et une brigade de douanier composée de 8 hommes. Les pompiers de Bellegarde et de Vanchy, et un grand nombre de personnes de ces localités ainsi que de Châtillon-de-Michaille se sont rendus rapidement sur les lieux du sinistre, mais le manque d'eau et l'intensité du feu, alimenté par des fourrages et une toiture en chaume, ont rendu inutiles tous les secours tentés pour le combattre. Il n'y a eu aucun accident de personne. La cause de cet incendie est inconnue. Le feu a pris naissance dans le grenier, au centre du bâtiment, et on suppose qu'il aura été occasionné par une cheminée en mauvais état. Le chiffre des pertes totales s'élève à 21.700 francs et celui des assurances à 14.100 francs. Trois douaniers seulement étaient assurés. Neuf carabines, avec sabres-baïonnettes, et trois revolvers avec étuis, appartenant à l'État, sont restés dans le feu." [L'Abeille du Bugey, édition du 15 janvier 1888 (AD01, vue 11/20)].

Ces veuves, dont la seconde avait un fils douanier, se retrouvent dans le recensement dit de la même année, mais daté plus tardivement du 5 janvier 1882. Ces deux maisons furent certainement reconstruites très vite, peut-être par les douaniers eux-mêmes devenus charpentiers bâtisseurs pour un temps (et peut-être maçons utilisant des pierres extraites sur place, et couvreurs d'un toit désormais en tuiles), aucune exonération de taxe n'apparaissant pour cause de maison incendiée. Les douaniers étaient listés à la suite de Jules Grosgogeat, 32 ans, ayant la première place comme un chef de famille.

Caserne douanes châtillon caserne

Une carte postale, d'un cliché pris peu avant 1907, montre des douaniers à l'étage, avec des femmes, et un cuisinier au rez-de-chaussée (cuisine et salle à manger ?). Un panonceau, malheureusement illisible, signalait vraisemblablement cette caserne. On remarque aussi plusieurs hommes auprès d'un jardin, et deux fillettes. Certaines des personnes photographiées se retrouvent probablement au recensement de 1906, avec 14 personnes, dont le brigadier Marius Millet et sa famille, le retraité des douanes Antoine Courbe-Michollet, sa femme et leur fils sous-brigadier, et enfin 7 douaniers célibataires âgés de 26 à 32 ans,

On sait par ailleurs qu'une écurie se trouvait aussi au rez-de-chaussée. Toutes les fenêtres étaient protégées par des barreaux.

Au départ des douaniers cette maison fut vendue une première fois, puis revendue vers 1960 aux Buillas, qui la possèdent toujours.

 

Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : André Buillas et ses frères ; Michel Blanc. Photo comparative (Famille Buillas).

Première publication le 7 mai 2025. Dernière mise à jour de cette page, idem.

 

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